Faire des exploits avec un ruban en maternelle

Gymnastique rythmique /Cirque

Faire des exploits avec des objets, c’est tester son pouvoir sur le monde, c’est entrer dans une activité esthétique pour épater les autres.

Proposer la gymnastique rythmique avec ruban est possible dès la petite section de maternelle. Le but est de faire un spectacle (intégré dans un projet de cirque si on le souhaite)

Claire Pontais, Line Rott

Le ruban est un des objets de la gymnastique rythmique.

La Gymnastique rythmique (GR) est une pratique sociale qui allie gymnastique et jonglerie. Le but du jeu est d’impressionner, d’épater un public en faisant des exploits corporels de plus en plus difficiles avec un objet. C’est une « épreuve » selon Bernard Jeu (1). Il s’agit de prendre des risques (lancer, faire une figure difficile ..) et de maîtriser le risque pris.

Faire un exploit avec un ruban, c’est le faire voler, danser pendant la durée d’une musique, sans faire de nœud, pour épater des spectateurs.trices. Le corps peut lui aussi faire des exploits à condition que le ruban continue toujours de danser.
Plus je fais des exploits difficiles avec le ruban et/ou le corps, plus j’épate les spectateurs.trices.

Le problème à résoudre avec le ruban est d’entretenir la mobilité de l’objet pendant la durée voulue, et ensuite complexifier les « dessins » quer l’on fait avec le ruban avec des figures corporelles. En maternelle, il s’agira de déplacements et de figures peu déséquilibrantes : marcher en avant, en arrière, sautiller, s’accroupir, tenir sur un pied…Notons qu’à haut-niveau, les gymnastes lancent et rattrappênt le ruban. Cette action est inébordable pour des petits. Pour aller plus loin, voir les repères didactiques de GR

Les élèves vont apprendre à :

  • mettre en relation ce que fait le corps et ce que fait le ruban , l’élève doit comprendre que le ruban n’a pas une vie autonome. Par exemple : éloigner le ruban du corps permet de « lui faire de la place » et évite les nœuds ; lorsque le ruban est devant soi, il vaut mieux reculer (marche arrière), etc.
  • passer de gestes « en bloc » à des gestes modulés (bras dissocié du reste du corps). L’objectif est de faire l’action que je veux sur une courte durée. A cette étape, il est difficile de faire à la fois un dessin et une figure.
  • faire une démonstration et tenir compte d’un.e spectateur ou spectatrice.

Equipements :
Grande salle : il est impossible de pratiquer le ruban dehors (le moindre souffle d’air empêche de faire le dessin voulu). Une grande salle est nécessaire. Le plafond n’a pas besoin d’être haut.
Un ruban par élève (ou un pour deux). Manipuler le ruban est fatiguant, le travail peut donc se faire en alternance par moitié de classe (duo gymnaste/observateur.trice)
Taille du ruban : pas trop court pour que les dessins soient visibles et épatants (et que le problème des nœuds soit posé), mais pas trop long pour que la réussite soit possible. Pour des élèves de Petite Section, entre 2 et 3 mètres ; Grande section : minimum 3 mètres.
Musique : choisir une musique entrainante et fluide (valse, musique tzigane, etc…).

Les règles du jeu (le code)
En Gymnastique rythmique, le règlement passe par le « code de pointage » qui donne une valeur aux figures gymniques dans le cadre d’une compétition ou démonstration. A l’école, le code n’est pas utilisé dans un but compétitif, mais il sert de référentiel. Il est construit à partir des exploits trouvés par les élèves de la classe (dessins et figures). Il servira de repère tout au long du cycle. A cette étape de la scolarité, on ne donne pas de valeurs aux différents dessins et figures.

Le jeu de référence – 10 à 12 séances

But du jeu :
«Faire danser le ruban avec mon corps pendant toute le durée de la musique (30 à 45 secondes) sans qu’il s’arrête jamais, faire « la statue » au début et à la fin ».
On se partage l’espace entre 6 enfants, ne pas se bousculer.

Critères de réussite :
– le ruban danse, il ne traîne pas par terre, ne s’arrête pas (pas endormi)
– « On bouge tout le temps de la musique »

Aides et contraintes de la situation :

Les contraintes aident les élèves à donner du sens au projet tout en les obligeant à transformer leur comportement :

– la durée de la musique oblige l’élève à entretenir la mobilité un certain temps : 30 secondes permet de poser le problème de la mobilité et des nœuds. Les élèves ne vont pas réussir facilement, mais la durée définie leur permet d’anticiper la durée de l’effort à fournir. En GS, on peut faire un montage de 2 musiques (une type valse pour les « dessins », une type rock pour les « figures corporelles ». Voir situation du cycle 2 et cycle 3.
– partager l’espace oblige l’élève à regarder à la fois son ruban et ses copaines (ne pas surcharger cet espace)
– si la consigne « bougez tout le temps de la musique » ne suffit pas, on pourra proposer d’aller voir 2 spectateurs.trices éloignés (placés autour de la piste) pour obliger l’élève à se déplacer. La personne qui regarde apprend à être attentiive.

Evolution, progrès attendus

Constat de départ :

l’élève essaie de donner vie au ruban (palier 1) : il le secoue, le gigote et/ou fait des dessins sur place. Il y a souvent des noeuds. Parfois il « promène » son ruban (se déplace et le ruban suit), ou encore, saute pour faire « sauter » son ruban.

1ère étape : Faire voler le ruban pendant toute la durée de la musique se déplaçant : centrer l’élève sur le fait de se déplacer, le ruban vole (peu importe les dessins). Il n’y a plus de nœuds.

2è étape : Quand il réussit, demander de faire des dessins ou des déplacements précis.

  • Dessins : des ronds, des vagues, des fouets, etc. ;
  • Déplacements : sautillés, galops, marche arrière…


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A cette étape, tout figure corporelle (saut, tour…) perturbe l’équilibre et donc les dessins avec le ruban.

    Les étapes du module d’apprentissage


    1 -Mise en place de la situation, construction du sens « mon ruban vole » (4 premières séances minimum)

    « Faire voler le ruban pendant toute la durée de la musique (30 secondes) sans qu’il s’arrête et sans faire de nœuds ; je me promène partout.»
    Compréhension du sens de l’activité (le ruban ne dort pas) et des critères de réussite (pas de nœud). Si besoin, on peut imager : le ruban est une baguette magique.
    Observation : le ruban danse-t-il tout le temps de la musique ? Non, on fait beaucoup de nœuds. Il faut prévoir de s’arrêter pour défaire le nœud avant qu’il soit trop noué (prévoir des rubans supplémentaires, l’ATSEM peut être une aide précieuse pour cela)
    Se mettre bien d’accord avec les enfants sur ce que veut dire «réussi» : le ruban danse, ne traîne pas par terre, je bouge tout le temps, je ne fais pas de nœud.
    Il ne faut pas s’intéresser trop tôt aux dessins pour que les élèves se concentrent d’abord sur la vie du ruban (le ruban vole et ne traine pas).
    En petite section, cette phase représente une grande partie du module.
    Quand les rubans volent bien, on peut répertorier les dessins ( schémas, photos) et les déplacements. Leur donner des noms.

    2. Est-ce que je réussis ce que je veux ? Pourquoi je ne réussis pas ?

    Prendre conscience de ce que je fais. Ce n’est pas évident pour certains enfants qui pensent toujours qu’ils réussissent.
    Essayer tous les dessins qui ont été trouvés. Repérer ceux que je réussis.

    Centrer les enfants sur leur déplacement s’ils restent sur place, sur l’amplitude de leurs gestes. Leur faire remarquer l’intérêt de la marche arrière (moyenne et grande section) ; si je marche en avant, où dois-je mettre mon ruban ?
    Essayer les différents déplacements : mon ruban danse-t-il toujours ?
    On évalue ses réussites sur la durée de la musique pendant un spectacle.

    3- « Je m’entraine » pour stabiliser mes exploits.

    Des répétitions sont nécessaires pour stabiliser les progrès. On s’entraine soit dans le jeu de référence (durée de 30 secondes), soit tous ensemble sur une même action.
    Les musiques d’entraînement peuvent être beaucoup plus longues et différentes de la musique de référence. L’élève fait la différence entre ces deux moments entraînement/ démonstration. L’enseignante aide les élèves qui en ont besoin à se questionner sur les techniques qu’ils utilisent.

    Le ruban qui ne s’emmêle pas reste le critère de réussite prioritaire.

    4. Démonstration/spectacle

    • Pour le spectacle, On peut demander par exemple au moins 2 dessins différents et une figure. Les élèves de GS sont en capacité d’anticiper et de respecter un contrat prévu à l’avance
    • Aller voir un ou deux spectateurs ou spectatrices (pour se déplacer) et leur faire un signe est apprécié des enfants qui sont fier.es de montrer leurs exploits (c’est un exploit en soi de faire un signe de la main gauche pendant que je manipule de la main droite) et rentrent dans un jeu de communication
    • Ne pas se bousculer reste un critère de réussite permanent, ce qui suppose d’avoir appris à regarder les autres en même temps que je me déplace et manipule.

    On peut intégrer les exploits de ruban dans un spectacle de cirque. Ce spectacle peut se faire dans un univers onirique (l’histoire un personnage qui fait des exploits), cela ne change rien à la réalisation.

    (1) Bernard Jeu, philosophe, « Le sport, l’émotion, l’espace » (Vigot, 1977) . IL distingue 3 types d’émotions sportives : l’épreuve (prendre des risques et les maitriser), la performance (défier l’espace et le temps), et la compétition (l’opposition entre deux personnes ou équipes)

    Pour aller plus loin, voir les repères didactiques de GR