Travail d’équipe et rôle d’une personne ressource en EPS


Dans l’enquête que nous avons faite sur « les écoles vitaminées en EPS » c’est-à-dire les écoles qui réussissent à assurer 2 à 3 séances d’EPS par semaine, sur la base d’une programmation d’APSA commune à l’école, 63% de ces écoles fonctionnaient avec une personne-ressource qui dynamise l’EPS. C’est un pourcentage élevé alors même que l’institution n’a jamais mis en avant cette fonction !  Quel est le rôle de cette personne dans l’équipe d’école ?  Qui peut jouer ce rôle ?

Claire Pontais

Sur ce sujet, rien n’est écrit ! Rien n’est institutionnel, l’idée d’avoir une personne-ressource en EPS (ou dans une autre discipline) est donc une initiative de l’équipe d’école.


Voir « l’enquête sur les écoles vitaminées à l’EPS »

Qui est personne-ressource ?

Dans les écoles où nous avons enquêté, la personne-ressource un∙e collègue « ordinaire » qui s’occupe plus particulièrement de l’EPS. Cette personne n’est pas désignée a priori, c’est une responsabilité qui se construit au sein de l’équipe, soit de manière concertée quand l’équipe se répartit collectivement des tâches, soit par les habitudes qui se construisent progressivement au sein de l’école (s’occuper du matériel, aller à une réunion avec la mairie, faire de l’USEP, etc..).

Souvent cette personne est un peu plus sportive que les autres. Dans notre enquête, il y avait proportionnellement plus d’hommes que de femmes (30%), ce qui s’explique par la plus grande sportivité des hommes (au plan statistique). La plupart des collègues – hommes ou femmes – avaient reçu une formation un peu plus poussée en EPS : soit fait des études STAPS, soit un mémoire en EPS, soit une formation liée à une pratique sportive dans un club (entraineur∙e de club par ex.). Mais sportive ou pas, c’est son intérêt pour l’EPS qui compte. Parfois, la personne-ressource est le directeur ou la directrice de l’école.

Le rôle dévolu à cette enseignant∙e

Il n’y a pas de modèle type. Cela varie selon les équipes : aide pour organiser la programmation, pour impulser des projets, conseiller pour le matériel, pour préparer des séquences, des séances, faire de la co-intervention, faire des échanges de service, etc.

La co-intervention

Il  peut bien sûr y avoir de la co-intervention dans une école sans personne-ressource attitrée, mais c’est souvent un rôle que les personnes-ressources EPS jouent. 

Cela se traduit par l’animation conjointe, avec une autre collègue, d’une séance d’EPS où deux classes se retrouvent ensemble. Parfois, les collègues préparent ensemble, mais souvent une des deux prépare et guide l’autre… (la personne-ressource !)

Les collègues y voient de nombreux avantages :

  • « ça motive ; c’est plus confortable de gérer la classe à deux ; on peut mieux assurer la sécurité » ;
  • « Quand il y a une personne plus à l’aise que l’autre en EPS, l’une impulse et ça permet à l’autre d’être rassurée ».
  • « On échange, c’est plus intéressant » ; « s’entraider fait gagner du temps et au final on a des bénéfices sur le plan des apprentissages des élèves ».

Exemples :

« Avec des petits, c’est nettement plus confort, rien que sur le trajet, tu te sens plus en sécurité. Et puis, si tu as le moindre bobo, une peut gérer et l’autre continue avec les autres ».

« On partage le gymnase et on fait du tutorat entre petits et grands »

« En athlétisme, on fait 3 classes en même temps. Si tu es seule, tu organises 3 ateliers, les élèves sont autonomes sur 2. Il n’y a des vrais apprentissages que sur un seul atelier. 3 enseignant.es ensemble, c’est 3 ateliers « didactisés », c’est plus efficace ».

La co-intervention participe donc à « vitaminer » une école à l’EPS.  

Les échanges de service

  • Les échanges de service sont assez courants en histoire-géo, en anglais…mais étonnamment, il y en a peu en EPS. Dans notre enquête, 7 écoles seulement dont 2 annuellement, et 5 de façon ponctuelle. Cela confirme une observation qu’avait déjà faite P. Grassetie en 2007 à Bordeaux, dans une étude sur les effets la « formation à dominante ». La raison est que les enseignant.es disent veulent voir leurs élèves en EPS, parce que cela leur permet de mieux les connaitre, et de faire des projets pluridisciplinaires. 

Cependant, quand ces échanges existent, ils permettent à des élèves de bénéficier de leur temps d’EPS et à des enseignant.es de déléguer cet enseignement en toute confiance. Cela permet parfois de régler des situations difficiles, comme en natation par exemple. Si on se sent très mal à l’aise à la piscine, il est indispensable de faire un échange de service.

Le lien avec l’USEP  

Nous savons toustes que l’USEP est un formidable dynamiseur de l’EPS dans une école. Les rencontres, évènements et projets qui se font dans le cadre de l’EPS sont à valoriser, parce qu’ils donnent du sens aux apprentissages. Les motivations des enseignant.es qui s’engagent à l’USEP sont de permettre un accès à la culture sportive ou artistique, une ouverture culturelle que les élèves ne vivront pas en dehors de l’école avec leurs familles, et à la dynamique que cela apporte à l’école en termes de mobilisation de l’équipe. Le problème est que l’engagement à l’USEP n’est que très reconnu. Dans bien des cas, les enseignantꞏes volontaires pour animer l’USEP sont également des personnes -ressources potentielles pour l’équipe d’école.

A quand une  personne-ressource EPS dans chaque école ?

Nous faisons l’hypothèse qu’une personne ressource pourrait être une solution pour dynamiser une équipe d’école, sous certaines conditions :

  • Sur la base du volontariat (en aucun cas une obligation, sauf à accorder une décharge horaire ou une rémunération spécifique)
  • En offrant une formation continue spécifique (sur le temps de travail). Cela a existé dans les années 1990-2000, à une époque où il existait des stages de formation longs (3 ou 4 semaines) pour les titulaires qui étaient alors remplacés par des stagiaires en formation.  L’institution n’a jamais évalué l’impact de ces formations longues, dont l’objectif était explicitement celui de former une personne-ressource par école. Nous estimons pour notre part qu’elles étaient très fructueuses.

Aujourd’hui, sans rêver à revenir à des formations aussi longues que par le passé, l’institution pourrait s’appuyer :

  • Sur les PE qui ont fait des cursus Staps (dans les années 2000, 23% des lauréat.es du CRPE étaient issu.es des Staps, un véritable potentiel pour dynamiser qui n’a jamais été considéré comme tel)
    • Offrir de la formation à chaque rentrée à au moins une personne par école pour que celle-ci puisse jouer le rôle de personne ressources durant l’année scolaire. Celle-ci serait accompagnée selon ses besoins par le CPC EPS ( à condition de réhabiliter leur rôle de conseiller en EPS et ne pas les surcharger de tâches autres …)
  • Avoir un ou une professeure d’école référente EPS dans chaque école sur la base du volontariat (mesure 3)
  • Former les professeurs des écoles : 100h de formation initiale pour pouvoir enseigner dans au moins 4 activités différentes de la maternelle à la fin du CM2 ; Assurer de la formation continue à tous les PE et des formations spécifiques pour les référent.es EPS. (mesure 4)
  • Donner des moyens aux enseignant.es pour animer le sport scolaire (USEP) en prolongement de l’EPS, avec soit des indemnités correspondant aux heures supplémentaires effectués, soit une décharge horaire correspondant à un « forfait » tel qu’il existe pour les professeurs d’EPS pour l’UNSS. C’est la condition pour augmenter le nombre de professeurs d’école impliqués dans le sport scolaire le mercredi après-midi.
  • Si vous avez fait des expériences positives de personnes-ressources EPS, n’hésitez pas à nous en faire part ! primaire@epsetsociete.fr

Lien  vers : 20 mesures pour apprendre en EPS à l’école, développer le sport scolaire  et augmenter l’activité physique quotidienne

Lien vers : Une enseignante-ressource dans une école maternelle, quel rôle ?

Lien vers : Enquête complète : les écoles vitaminées