Égalité filles/garçons en EPS à l’école primaire : Enjeux et petits riens qui changent tout !

Comment lutter contre les inégalités entre filles et garçons et les stéréotypes sexués en EPS ? Comment exercer sa vigilance…avec des petits riens qui changent tout !

Claire Pontais


Il suffit de regarder une cour de récréation ou d’écouter les enfants pour constater que les enfants intériorisent très tôt les stéréotypes liés au sport. Propos entendus de la part des filles :  « la lutte, le foot, c’est pas pour les filles » ; «les garçons, ça tire plus fort que les filles » ; « de toute façon, on est moins sportives que les garçons ». Du côté des garçons : « c’est pas les filles qui font les équipes », « elles sont nulles au ballon », « un garçon qui fait de la danse, c’est bizarre quand même ! »

Lutter contre les stéréotypes en EPS, c’est d’abord doter tous les élèves, garçons et filles, de pouvoirs d’agir, de compétences réelles. En  effet, pour bien jouer collectivement, pour oser grimper, pour  danser avec les autres…, il ne faut pas sentir nul ou nulle. Etre compétent.e développe l’estime de soi : plus on se sent fort.e, plus on aime l’activité qui fait l’objet d’apprentissages.

Les conseils qui suivent sont de différentes natures. Certains sont faciles à appliquer, d’autres demandent une bonne connaissance didactique des activités enseignées à l’école. Tous représentent des « petits riens » qui s’intègrent dans le quotidien de la classe et … peuvent changer tout !

Avoir une tenue d’EPS dans laquelle on est à l’aise le jour de l’EPS (pas de sandalettes ou de chaussures surélevées qui limitent la liberté de mouvement) : un survêtement et des baskets… avec lacets ! Il n’est pas rare que des élèves (filles ou garçons) soient très mal chaussés parce qu’iels vivent dans des situations de précarité, mais cela arrive plus souvent aux filles, c’est une double discrimination.

  • de la lutte dès la maternelle, de la danse tous les ans (danse expressive et danses collectives filles et garçons se tiennent la main)
  • des jeux pour devenir adroit.e avec un ballon : un module de jonglage ou de gymnastique avec ballon (GRS) en maternelle et CP
  • des jeux traditionnels et sports collectifs. Les  jeux traditionnels sans ballon (gendarmes et voleurs …et voleuses !) qui centrent sur les stratégies, la « lecture du jeu » et minimisent l’adresse, permettant ainsi aux enfants moins habiles de progresser aussi vite que les autres. Dans les sports collectifs, rendre chacun.e capable de viser et marquer des buts est une priorité, c’est ce qui donne sens au jeu.
  • de la danse expressive pour faire évoluer les représentations des filles et garçons. Faire attention à ne pas prendre des thèmes qui véhiculent des stéréotypes (voir plus loin) , de la danse folk où les duos (les « couples ») peuvent être mixtes ou du même sexe.
  • de la lutte… pour apprendre des techniques et prendre conscience que filles et garçons peuvent faire du combat.
  • de la course d’orientation …pour contre-carrer les préjugés : « les filles ne savent pas s’orienter ».
  • etc…

Etre arbitre, juge, organisateur/trice, cela s’apprend. Il est difficile d’observer plusieurs choses à la fois. Il faut plusieurs arbitres pour arbitrer toutes les règles (avec chacun.e des tâches bien précises). Arbitrer suppose de s’affirmer comme personne qui fait respecter la règle et qui a les savoirs et compétences pour le faire. Quelque soit l’âge, l’arbitre a toujours besoin du soutien de l’enseignant.e.

En aucun cas, ce ne sont les enfants qui font les équipes ! Laisser les élèves faire les équipes, c’est à coup sûr, la loi de la jungle, l’humiliation du dernier ou de la dernière choisie
Ne pas faire les groupes sur la base du sexe, avec d’un côté les filles, de l’autre les garçons (même si c’est pratique !), penser au contraire à mixer les groupes, les duos. Cependant, ne pas les imposer systématiquement.

  • Suivant les objectifs : on peut faire des
    • Groupes de couleur (quand il y a rotation de groupes, les groupes sont vite repérables, sans être basés sur la différence des sexes)
    • Groupes de niveaux (sportif-ve/ moins sportif-ve) (dans les sport collectifs, c’est une solution quand les écarts entre élèves sont grands. Cela évite la séparation filles-garçons : il y a toujours des filles sportives dans une classe et toujours des garçons moins sportifs)
    • Groupes sur la base de la taille/poids – tonicité (pour les jeux de lutte notamment)
    • Groupes par tirage au sort
  • Les élèves acceptent très bien le tirage au sort (les jeux de type aléa selon R.Caillois). Certain.es acceptent par exemple plus facilement des duos décidés par tirage au sort, que des duos choisis par l’enseignant.e.
  • Les groupes peuvent être stables ou fluctuants, cela dépend de l’objectif.
    • Des groupes stables permettent de progresser dans les techniques et stratégies (course de relais, sports collectifs),
    • les groupes fluctuants permettent de faire jouer ensemble des élèves de niveaux différents et d’apprendre à avoir la victoire humble et même apprendre à perdre !

  • En gymnastique, proposer les deux aspects de la gymnastique : les exploits, la prise de risque (faire le cochon pendu, l’équilibre sur les mains, …) et la maîtrise (bien arriver sur ses pieds, bien se présenter) au final, chacun.e doit réussir à dépasser la contradiction entre les deux.
  • En course d’orientation, être vigilant.e à équilibrer les deux problèmes de la course d’orientation : la lecture de carte et la vitesse
  • Construire les règles avec les élèves de façon à les impliquer tous et toutes. Faire comprendre qu’elles peuvent être différentes suivant les expériences de chacun-e. (Exemple : les débutant-e-s peuvent être autorisées à courir avec la balle pendant que les plus expérimenté-e-s doivent dribbler).
  • Faire des équipes de niveaux si les écarts sont trop grands, en s’occupant prioritairement des plus débutant.es, les autres jouant en autonomie.
  • En revenant de la séance d’EPS, parler de ses « ressentis » (peurs, joies, exploits…). Les émotions sont fortes en EPS, elles doivent pouvoir être exprimées. Faire remarquer que les émotions peuvent être similaires, même quand on est de niveau différent ou de sexe différent. Dire que c’est normal d’avoir peur quand on ne sait nager, c’est normal d’avoir peur de tomber, c’est normal d’être perdu dans un jeu où tout le monde court dans tous les sens.
  • Travailler sur les erreurs pour les dédramatiser et les considérer comme «normales » quand on apprend. Cela aidera la majorité des filles à qui l’on a répété trop souvent qu’elles ne sont pas sportives et la majorité des garçons « qui jouent leur vie à chaque match » à prendre du recul

Eviter les généralisation sur LES filles et LES garçons

Interpeller les enfants dès qu’ils font une remarque sexiste ou tout simplement quand ils utilisent les catégories garçons-filles de manière caricaturale,  et leur demander pourquoi ils disent cela. Ex : « un garçon qui fait de la danse, c’est bizarre » ; « les filles tirent moins forts que les garçons ».

Ne pas  laisser passer une remarque homophobe même quand elle n’a aucune signification pour les enfants. Ex : « ce jeu là, c’est pour les tapettes ». (qu’est-ce que tu veux dire?). A fortiori, si elle est volontairement homophobe.

  • Proposer des livres où les filles font des exploits en les mettant en regard avec d’autres où se sont les garçons. Exemple : Fous de foot de  Christophe Besse où l’héroïne est Sonia pour qui la vie sans foot ce n’est pas la vie. Caro des cavernes de Jill Marshall, qui participe aux jeux préhistoriques ; 
  • Proposer des récits de sportifs et sportives excellant dans des pratiques atypiques ou ayant été pionnier.e au cours de l’histoire : Marie Marvin (aventurière), Colette Besson (athlète), Catherine Destivelle (alpiniste), etc.
  • Des histoires où garçons et filles font du sport ensemble : Alex, l’extra-terrestre, une histoire futuriste qui montre que le sexisme n’a pas d’avenir, Editions Talents Hauts. Le tour du monde en pédaroulette  de Lena Ellka, où Eliette aide Alphonse à enlever ses petites roues et ses préjugés.
  • Proposer des livres avec des garçons pas sportifs. Exemples, Marcel la mauviette, d’Anthony Browne, petit garçon timide qui veut devenir fort ; Swimming Poule mouillée, Guillaume Legrand.
  • Aborder des sujets sur les différences corporelles : Marlène la baleine, une petite fille dont les autres se moquent à la piscine parce qu’elle est grosse, elle dépasse ses peurs et les moqueries par l’acquisition de compétences.
  • Voir la rubrique Lire (littérature jeunesse)

Pour tendre vers l’égalité garçons-filles, nous voyons que l’Ecole peut jouer un rôle primordial. Pour mettre en œuvre « ces petits riens », assurer de manière effective et régulière les 3 heures d’EPS prévues aux programmes (2 séances minimum par semaine en élémentaire, 1 séance par jour en maternelle), est une nécessité.

Faire des exploits avec un ballon ou un ruban (GRS), pour que filles et garçons puissent jouer à égalité (cycle 2 et 3)

Les gendarmes et voleurs, ou comment aborder ce jeu pour ne pas éliminer les plus timoré-e-s (cycle 2 et 3)

Danser « Le petit chaperon rouge »: avec des filles et des garçons qui jouent les deux rôles (maternelle et cycle 2).

Animer un débat sur le rugby et la danse en CM

Animer un débat sur le football au cycle 3

Ces outils ont été initialement publiés pour les ABCD de l’égalité, puis supprimés alors même que le rapport des Inspecteurs généraux les jugeait utiles.